La variété améliorée de niébé « Teek-Songo » est une légumineuse à double usage qui produit des graines pour l’alimentation humaine et du fourrage pour le bétail. Développée par la recherche agricole burkinabè, elle est adaptée aux conditions climatiques locales et résistante au striga, une plante parasite qui détruit les cultures. Adoptée depuis 2013 par l’agro-pasteur Olivier Paré, elle est cultivée sur son exploitation pour nourrir ses animaux et améliorer sa production. Elle aide aussi à résoudre le problème du manque de fourrage, souvent rencontré par les éleveurs. En plus, elle contribue à réduire les conflits entre agriculteurs et éleveurs en limitant la divagation des animaux.
À Sagala, dans la région du Bankui ex région de la Boucle du Mouhoun, à plus de 250 kilomètres de Ouagadougou, l’exploitation d’Olivier Paré s’étend à perte de vue. Entre champs de niébé, arbres de karité et enclos d’animaux, cet agro-pasteur de 50 ans a, au fil des années, mis en place un modèle agricole intégré où cohabitent agriculture, élevage et préservation de l’environnement. Sur une superficie totale de 24 hectares, soit l’équivalent de 34 terrains de football, il consacre chaque année près de neuf hectares à la culture du niébé. « Le niébé et moi, c’est une longue histoire », confie-t-il.

À l’origine, il s’était orienté vers l’embouche bovine. Mais il a rapidement été confronté à une contrainte majeure : le manque de fourrage pour nourrir ses animaux, une difficulté, dit-il, fréquente chez de nombreux éleveurs de sa localité. Pour trouver une solution, il s’est rapproché des services de recherche de la région du Bankui. Les chercheurs lui ont recommandé d’utiliser la variété de niébé appelée « Teek-Songo », qui produit à la fois des graines pour l’alimentation humaine et du fourrage pour le bétail. C’est ainsi qu’en 2013, il découvre pour la première fois la variété de niébé « Teek-Songo » qu’il cultive chaque année.
« Teek-Songo », une légumineuse aux multiples avantages pour les agro-pasteurs.
Développée par l’Institut de l’environnement et des recherches agricoles (INERA) et homologuée en 2019, « Teek-Songo » (signifie bon changement en langue locale Mooré) est une variété améliorée de 70 jours, à double objectif : production de grains et de fourrage.
« C’est une variété recommandée pour les agro-pasteurs. Elle peut produire jusqu’à 5 tonnes de fourrage à l’hectare et entre 800 kg et 1,5 tonnes de grains dans de bonnes conditions », explique Hamadou Zongo, ingénieur de recherche au Centre de recherches environnementales, agricoles et de formation (CREAF).

Sur le terrain, Olivier Paré confirme les performance de cette légumineuse : « Elle nourrit les animaux et la famille. Je vends aussi une partie de ma production. C’est une variété complète». Séduit par ses performances, il est devenu producteur de semences.
Moins de conflits entre agriculteurs et éleveurs grâce au fourrage.
Les bienfaits du Teek-Songo ne se limitent pas aux champs. Il pacifie aussi les relations sociales en milieu rural en réduisant les conflits entre éleveurs et agriculteurs. Sur son exploitation, Olivier Paré a constaté un changement majeur grâce à cette variété : ses animaux sont désormais nourris sur place. « Quand vous avez du fourrage, les animaux restent en stabulation. Ils ne divaguent plus. Moins les animaux se déplacent, moins il y a de conflits », explique l’agro-pasteur.
Les conflits entre agriculteurs et éleveurs sont souvent liés à la divagation du bétail, qui détruit les champs. Cette étude du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), intitulée « Pastoralisme et sécurité en Afrique de l’Ouest et au Sahel » indique que le pâturage est « l’une des causes majeures des conflits entre éleveurs et agriculteurs ». L’étude précise que les déplacements des troupeaux à la recherche du pâturage entraînent souvent l’intrusion des animaux dans les champs cultivés, ce qui provoque des tensions communautaires qui dégénèrent souvent en violences.
Résistance aux plantes parasites.
Le niébé « Teek-Songo » ne se limite pas à ses usages agricoles et sociaux. Selon les spécialistes, cette légumineuse contribue à la fertilité des sols en fixant l’azote. A en croire l’ingénieur de recherche Hamadou Zongo, elle est aussi conçue pour mieux résister au striga, une plante parasite redoutable qui s’attaque aux cultures céréalières et légumineuses en Afrique subsaharienne.
Selon ce rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le striga peut entraîner la « destruction quasi totale des cultures » lorsque le champ est très infesté. « Une variété de niébé sensible au striga peut perdre jusqu’à 90 % de son rendement », souligne Hamadou Zongo, insistant sur le fait que le striga est un fléau pour de nombreux agriculteurs au Burkina Faso.
Pour éviter que cette légumineuse soit attaquée par le striga, les chercheurs ont travaillé à la rendre plus résistante au parasite. « Lorsqu’on crée une nouvelle variété, le premier critère pris en compte est sa résistance au striga. Cette plante parasite absorbe les éléments nutritifs nécessaires au développement de la culture. C’est pourquoi la variété Tek-Songo a été développée en intégrant dès le départ cette exigence de résistance au striga », a expliqué Hamadou Zongo.
Une légumineuse appréciée des consommateurs.
Les travaux des chercheurs ont pris également en compte les préférences des consommateurs, qui privilégient les niébés à grosses graines, plus faciles à cuisiner et mieux valorisés sur le marché. La variété « Tek-songo » répond à ces exigences combinées de production et de consommation.

Dans les villes comme en milieu rural, le niébé occupe une place importante dans l’alimentation quotidienne. Au restaurant « La Providence» à Ouagadougou, les plats à base de niébé figurent presque chaque jour au menu. « Le niébé au riz, le ragoût de niébé ou la sauce haricot sont très demandés. Nous en préparons depuis des années, six jours sur sept », explique la cuisinière Sangaré Nouria.
Pour les consommateurs, cette légumineuse est à la fois nourrissante et bénéfique pour la santé. « Il donne de la force et il est bon pour la santé », témoigne Lionel Yougbaré. Un avis partagé par Martin Compaoré, pour qui il s’agit d’un aliment traditionnel et rassasiant.
Un intérêt nutritionnel reconnu

Sur le plan nutritionnel, les bienfaits du niébé sont bien reconnus. « Il est riche en protéines, en fibres et en énergie. Dans 100 grammes, il apporte entre 300 et 380 kilocalories », explique le nutritionniste Lamine Farma, du Centre hospitalier universitaire Sourô Sanou, deuxième plus grand hôpital public du Burkina Faso. Il ajoute que le niébé contient également du fer, du zinc et du calcium, essentiels à la croissance, à la circulation sanguine et au renforcement du système immunitaire.
Hadepté Da